Nous n\’allons pas remonter jusqu\’au Moyen Âge. L\’époque des corporations et des artisans itinérants était certes inspirante, mais même un retour à la période de la Révolution de velours peut sembler préhistorique à certains lecteurs. Oui, à l\’époque du communisme, l\’entrepreneuriat était bien sûr compliqué, mais pas tout à fait impossible. Le concept d\’artisan indépendant était pratiquement inconnu.
Au début de l’année 1988, un léger assouplissement a été accordé aux petits artisans, notamment grâce à la perestroïka de M. Gorbatchev.
Mais devenir entrepreneur n’était pas du tout simple. Il suffit de voir les démarches que l’intéressé devait effectuer avant d’atteindre le statut tant convoité. Et il n’était jamais certain qu’il réussirait auprès de l’administration concernée. Les demandes rejetées étaient plus nombreuses que celles acceptées, et à chaque étape, un échec pouvait l’attendre.

- Étape 1. Se rendre à l\’ONV, c\’est-à-dire au comité national de district, et déposer une demande.
- Attente. Un mois, deux, voire six mois.
- Le KNV – c\’est-à-dire le comité national régional, je crois que c\’était le département de la culture – enregistrement et évaluation des produits d\’un point de vue esthétique et fonctionnel. C\’était une véritable farce. La rumeur disait qu\’il fallait avoir des relations ou verser un pot-de-vin. Tout dépendait de l’endroit. À Brno, sur la dizaine de personnes qui faisaient la queue avec moi, quatre ont été retenues. Je n’avais pas de relations, mais j’ai glissé une tuile avec une araignée à un jeune homme sympathique qui disait « suivant ». Devant la commission, j’ai dû expliquer pourquoi la girafe portait un chapeau et promettre d’ajouter des scènes folkloriques et de créer des produits traditionnels.
- ONV, commission des prix. Évaluation des prix de chaque type de produit.
- Et enfin, youpi ! Demande d’autorisation d’exploitation auprès du MNV ou du MěNV compétent. Chez nous, à Křepice, ça a marché, car les gens sont gentils ici, même les fonctionnaires. Seulement, dans la case « lieu d’exercice de l’activité », où il était indiqué « toute la République », la dame a ajouté « KŘEPICE ET TOUTE LA RÉPUBLIQUE ». Apparemment, pour que tout le monde voie à quel point les gens sont doués chez nous.
- La dernière étape consistait à obtenir l’ENREGISTREMENT DE L’ACTIVITÉ.

Ce qui est triste, c’est qu’à ce stade, l’autre moitié de la demande était souvent rejetée, souvent sans aucune explication.
Voilà donc comment ça s’est passé. J’ai
déposé ma première demande à l’été 1988. J’ai abouti en mars 1989. La révolution est arrivée à l’automne. N\’est-ce pas comique ?
Mais les cotisations sociales et de santé s\’élevaient au total à cent couronnes tchécoslovaques.